THOMAS E. MAILS-FOOLS CROW

L’HOMME-MEDECINE DES SIOUX

Fools Crow

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Karin BODSON

&

" FOOLS CROW

SAGESSE ET POUVOIR "

Fools Crow, Wisdom and Power

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie CARTERON

" Quiconque accepte de vivre comme moi peut faire ce que je fais "

Frank Fools Crow

Ces deux livres sont, en premier lieu, la rencontre – comme pour Black Elk et John G. Neir – la rencontre entre deux hommes ; l’un Blanc, Thomas E. Mails, pasteur luthérien, qui a, sur environ, deux décennies étudié et écrit sur les Indiens d’Amérique du Nord. Universellement reconnu Mails a notamment publié Mystics Warriors of the Plains, Buffalo Soldiers et People Called Apache ; il est en outre un peintre dont l’œuvre est axée avant tout sur la représentation indienne.

Frank Fools Crow, quant à lui, est le dernier descendant d’une grande lignée d’hommes-médecine et neveu de Nicholas Black Elk. Sage parmi les sages, Fools Crow est né entre 1890 dans la réserve des Sioux oglalas de Pine Ridge, Dakota du Sud, juste après le massacre de Wounded Knee en décembre.

Il disparaît en 1989, laissant un vide immense.

Ces deux livres, construits grâce à la mémoire de la tradition orale lakota trouvent dans l’écrit, par le biais d’un magnétophone, un prolongement qui insuffle une énergie nouvelle de cette Connaissance : une énergie nouvelle pour le narrateur Fools Crow qui raconte sa vie, nous fait partager et profiter de ses expériences et par ce fait, se répétant, comme c’est la coutume qui sied à cette tradition orale, se renforce et, une autre énergie pour le lecteur s’informant d’un mode de vie entrelacé à des valeurs morales et spirituelles authentiques en symbiose avec la Terre, les lois de la nature, le monde cosmique, l’extra-ordinaire.

Les deux ouvrages entrent dans le grand Cercle sacré de la vie et leurs enseignements sont extrêmement bénéfiques car leur instigateur a trouvé son Centre. Ils demeurent un témoignage exceptionnel au même titre que celui relaté par Black Elk dans Elan Noir parle/Le Sixième Grand-Père.

Rédigés d’une manière simple et accessibles à tous, ces livres sont clarté et lucidité et se tiennent à l’opposé de textes mystiques et obscurs aux propos ampoulés par le New Age et dénué de valeur spirituelle réelle (voir le dossier sur Ward Churchill en histoire).

Au début de sa vie, Fools Crow dut vivre caché, presque exilé sur sa propre terre, pour échapper à l’école des Blancs. Longtemps il pratiqua des rites secrets interdits par le Bureau des Affaires indiennes. Arrivé à l’âge mûr, il éprouva toutes les difficultés, les pressions inhérentes à une période de transition où l’on voulait faire d’un peuple de nomades de dociles fermiers. Il grandit donc au milieu des épreuves et des grands bouleversements. Tout ceci nous est admirablement conté avec bonheur et passion. Fools Crow devint alors le chef cérémoniel des Sioux tétons, un leader spirituel qui jusqu’à son dernier souffle guida les siens sur la Voie. Ici, il nous donne à partager et nous rélève (il fallut pour cela un interprète en lakota car le Saint-Homme ne parlait pas l’anglais) les mystères de sa culture, de la tradition tribale. Fools Crow fut l’un des plus grand homme-médecine sioux du siècle avec Black Elk. Il conduisit les cérémonies les plus importantes et, sans parler du rite préparatoire de la loge de sudation, celle de la danse du Soleil et du Yuwipi, de la Pipe Sacrée et des quêtes de visions. Fools Crow fut ainsi reconnu unaniment comme le plus extraordinaire. C’est pourquoi, contrairement à Mathew King son assistant mais aussi Leonard Crow Dog, Taca Usthe et Archie Fire Lame Deer, Philip Deer et beaucoup d’autres, l’appelation de Saint-Homme, avec Black Elk, doit être retenu. Fools Crow avait la Connaissance, celle des rêves, des mondes végétal et animal. Son savoir englobait le tout tandis que l’homme-médecine (parfois chamane) disons ordinaire, n’avait la connaissance que d’un seul domaine, sa spécialité.

Son art de communiquer avec le non-ordinaire reste dans toutes les mémoires. Son expérience, sa vie au quotidien firent montre de ses préoccupation pour les siens et notamment lors des tragiques évènements de Wounded Knee en 1973 qui démontrèrent l’exemple même – malgré les foudres et les agressions dont il fut victime par des membres (pas tous) de l’American Indian Mouvment - du maintient de l’équilibre entre tradition et modernité. Tradition pour ne pas être déraciné, perdu, modernité pour survivre, tout simplement. A la fois du passé et du présent, les propos des deux livres s’adressent au plus grand nombre. Exprimant de manière plus forte, plus subtile que Taca Usthe dans De mémoire indienne, Plon " Terre Humaine ", et équivalente à Hehaka Sapa (Black Elk) dans Elan Noir parle et Les Rites secrets des Indiens sioux, Le Mail, Fools Crow répond très clairement aux questions que ce pose un vaste public consciemment ou non, sur les Indiens, les Sioux, leurs us et coutumes, leur identité culturelle et religieuse, leur vie aujourd’hui.

Olivier Delavault


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© Olivier Delavault - Mars 2000.