COLLECTION ''TERRES ETRANGERES''


Erémeï AÏPINE. L’ÉTOILE DE L’AUBE. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2005. 364 pages. 24x15. Postface. Glossaire. Broché. Traduit du russe (Sibérie) par Dominique Samson Normand de Chambourg. 21,90 Euros.

La Sibérie du nord-ouest, fin des années 80. L’espace de trois jours, Demian, le chasseur khanty entreprend le voyage qui le mène de son territoire clanique de la taïga jusqu’au village où ses enfants sont pensionnaires à l’internat. Héritier d’un imaginaire de la forêt où les hommes tirent sur les joues du vent pour apaiser son souffle, où les morts emportent un soleil et une lune dans leur tombe, où l’Ours enfin est un parent tombé du ciel, Demian voit dans la vie un traîneau délicat à conduire. L’ouvrage donne une vision holistique du monde où tout est lié et le renne qui fait partie de l’univers des Kanthys de l’Est et du Nord, à qui d’ailleurs l’auteur donne des noms respectifs, sont avec le chasseur traditionnel les principaux personnages du roman. Mais au-delà de l’apparent huis-clos avec la taïga, l’homme qui deviendra à sa mort l’Etoile de l’aube voyage dans le temps et dans les vies : Efim, le vétéran, qui rêve encore du tank allemand qu’il a affronté à mains nues en 1944, Korneev qui parle de la Révolution aux enfants khantys avec l’art des héritiers de la tradition orale, le face-à-face du chaman Sèm-iki et du redoutable Œil Sanguinaire, « le siècle d’or de l’alcool ». Au détour de la route et des mots apparaît l’histoire d’une terre longtemps interdite et d’une poignée d’hommes semi-nomades heurtés de plein fouet par la Civilisation. Jusqu’au jour où ... le voyage s’interrompt pour Demian et le lecteur. Le roman inspiré par la vie du père de l’écrivain mêle les légendes, les souvenirs et le souffle de l’épopée khanty. Salué en Russie comme « la saga du peuple khanty », « un cri à l’aide », L’Étoile de l’aube restitue un regard singulier sur l’histoire soviétique, la parole longtemps confisquée des peuples du Nord, mais signe aussi une page peu connue de la littérature mondiale.

Érémeï Aïpine est né en 1948 dans une famille de chasseurs-pêcheurs et de renniculteurs de l’Agan. Député de la douma de la Fédération de Russie (1993-1995), puis de la douma du district autonome des Khantys-Mansis (2001), second président de l’Association des peuples minoritaires autochtones du Nord, de Sibérie et de l’Extrême-Orient russe (1993-1997), sa candidature au prix Nobel de littérature a été proposée par le Congrès des Écrivains finno-ougriens en 2004.

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ALAI. LES PAVOTS ROUGES. Red Poppies. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2003. 450 pages. 24x15. Broché. Prologue. Remerciements. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Weill. 21,05 Euros.

Les Pavots rouges, c’est le premier grand roman écrit sur le Tibet par un Tibétain. Le livre raconte l’ascension, l’apogée et la chute, dans les années 30, d’un des clans les plus puissants du pays dont les chefs vivent comme des barons féodaux du Moyen Âge. Dans la région frontalière du Tibet, aujourd’hui incluse dans la province chinoise du Sichuan, la riche famille Maichi de son palais- son puissant chef de clan, sa femme chinoise Han et son fils aîné, héritier présomptif - règne sans partage sur un immense territoire. Pourtant, c’est le fils cadet du chef de clan, considéré comme un idiot, que l’auteur installe comme narrateur et qui devient l’improbable héros de l’ouvrage. Après son apprentissage de l’amour et du désir, son immersion dans les intrigues familiales, « l’idiot » aura ses premiers contacts avec la politique et le monde qui s’étend au-delà des frontières de leur vaste domaine. Un jour, alors qu’une querelle éclate avec un chef de clan voisin, un émissaire des nationalistes chinois vient proposer ses services dont celui de fournir au chef Maichi les instruments de la guerre moderne. En échange, celui-ci doit remplacer ses cultures céréalières par des plants de pavots qui viendront alimenter le commerce lucratif de l’héroïne soutenu par les nationalistes. Ce marché, s’il enrichit Maichi et les siens, lui attire l’hostilité quasi générale des autres clans ainsi que les ennuis qui vont mettre en péril son pouvoir, menaçant alors l’ordre séculaire de leur monde. Mais très vite les rivalités des Maichi avec les autres clans sont bientôt éclipsées par d’autres événements bien plus graves et porteurs de changements considérables sur la destinée des clans tibétains. Les bouleversements politiques en Chine feront basculer leurs démêlées dans le domaine du passé. Peinture puissante d’un monde lointain, l’ouvrage côtoie aussi les rêves, les présages et les prophéties qui jouent un grand rôle dans l’existence et la psychologie des personnages. Alai a trouvé là un style particulier qui emprunte au réalisme magique. Cela n’empêche pas le livre d’être également caustique à souhait comme chez Rabelais, sensuel, ambitieux, regorgeant de drames intenses et de cadres panoramiques étourdissants. Par cette fenêtre inédite sur la découverte du Tibet, Alai nous convie à la création d’un vrai monde romanesque et à sa façon unique de le peupler de personnages magistralement dépeints. Son style, empreint d’humour et d’ironie, de détails constructifs donne un récit discret, ponctuel et lyrique.

« Les Pavots rouges » a été Couronné en l’an 2000 par la plus prestigieuse distinction littéraire de Chine, le prix Mao Dun, le livre a déjà fait sensation en Asie puis dans le monde entier. Tibétain de souche, Alai vit en Chine, dans la province du Sichuan. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles couronnées par des prix, il est le rédacteur en chef de la plus grande revue de Science-Fiction chinoise, « Le Monde de la Science-Fiction ».

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D.L. BIRCHFIELD. CHAMPS D’HONNEUR. Field of Honnor. Éditions du Rocher. Collection ''Terres étrangères''. 2009. 254 pages. 24x15. Broché. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Perriot. 20 Euros.

O.L.N.I, objet-littéraire-non-identifié ; attention, une fois entre vos mains, ce livre n’est pas à lâcher. La prose de D. L. Birchfield est hantée. La paranoïa générée par le traumatisme post-vietnamien n’y est pas pour rien. Elle est heurtée et violente. Directe, elle frappe l’imagination et l’histoire des Indiens choctaws d’hier et d’aujourd’hui en échouant ses meurtrissures sur les rivages de la science-fiction. Birchfield est l’un des principaux représentant d’un courant d’avant-garde des nouveaux écrivains indiens, Natives American, incarné par Gerald Vizenor et ses auteurs, plus proches de la survivance active que des postures victimaires qui ne trompent plus personne. L’écriture hachée, underground et pour tout dire, masculine de D.L. Birchfield est une irruption dérangeante, mais salvatrice, dans le petit monde ronronnant des littératures ethnico-plaintives. Entre l’univers de l’armée américaine et celui des guerriers choctaws grondant sous la terre, il n’y a pas l’espace d’un papier à cigarette. Un redoutable panachage entre le surréalisme allumé du Chippeway Gerald Vizenor et la fantaisie débridée et noire du Paiute Adrian C. Louis.

D.L Birchfield est membre de la nation choctaw. Il est l’auteur de plusieurs livres pour les enfants, d’un policier et d’un recueil d’essais. « Champs d’honneur » est son premier roman. Birchfield est l’un des auteurs indiens édités aux États-Unis par l’écrivain chippeway Gerald Vizenor « théoricien » du thème de la survivance active.

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Claire DAVIS. LA SAISON DU SERPENT. Season of the Snake. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2008. 296 pages. 24x15. Broché. Prologue. Remerciements. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Pietrasik. 22 Euros.

Lorsque la tragédie vient dévaster sa vie suite à la mort, accidentelle de son mari Joe, Nance fuit sa ville natale du Wisconsin et se crée une nouvelle existence dans l’Ouest. Cette jeune femme est éthologue, une scientifique spécialisée dans les serpents à sonnette. À présent installée à Lewiston, Idaho, dans une maison dominant la Snake River, et mariée à Ned Able, un directeur d’école, Nance se sent enfin en paix. Elle part fréquemment dans la nature sauvage de Hell’s Canyon pour y chercher des serpents à sonnette, aime à se confronter aux dangers naturels. En surmontant de tels risques, Nance pense se protéger d’autres malheurs, et devenir invincible, croyant qu’on peut surmonter la peur et contrôler les risques en étant préparé, en connaissant son sujet. Un jour qu’elle revient à leur demeure, Nance ne s’aperçoit pas tout de suite des changements imperceptibles qui s’opèrent en la personne de Ned. C’est à ce moment que sa sœur cadette, Meredith, apparaît en ville pour finalement s’installer. Une autre nature de Ned Able apparaît alors. Il subit des transformations que Nance refuse de reconnaître jusqu’à ce qu’avec l’aide de sa sœur, elle soit amenée à voir ce qui se dissimule sous la peau. Mais rien ne peut laisser présager jusqu’où Ned ira pour contenir ce passé, ni où ses souvenirs effrayants le conduiront lorsqu’il trouvera comment assouvir son obsession. Le climat oppressant qu’organise Claire Davis par son originale introspection dans les ténèbres de l’esprit humain est un coup de force : elle parvient à mettre sur pied un huis clos dans les grands espaces de l’Ouest. Incarcérés dans l’immensité naturelle les montagnes, les personnages sont ballottés entre drame psychologique et thriller. Chaque événement, chaque description d’un élément de la nature où du détail d’un être, est une chape de plomb à ciel ouvert. L’atmosphère reptilienne de ce roman envoûte les personnages comme le lecteur.

Claire Davis vit à Lewiston, en Idaho. Son premier roman, « Terres d’hiver », lui valut d’être invitée au Festival de Saint-Malo en 2002 ; ainsi que plusieurs prix (« the Pacific Northwest Booksellers Award for Best First Novel » et « The Mountains and Plains Booksellers Award for Best Novel » en 2000).

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Ramabai ESPINET. LE PONT SUSPENDU. The Swinging Bridge. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2007. 364 pages. 22x14. Broché. Traduit de l’anglais (Canada) par Aline Weill. 22 Euros.

De l’Inde à Trinidad, de Trinidad au Canada, ce livre de Ramabai Espinet nous entraîne dans un admirable roman des origines. Confrontée brutalement à l’agonie de son frère qui vient d’être hospitalisé, Mona, une documentaliste âgée de quarante-deux ans, va se retrouver presque malgré elle à fouiller son passé et celui de sa famille. Vers la fin du XIXè siècle, sa jeune arrière-grand-mère, Gainder, fait partie des cinq cent mille Indiens qui émigrent aux Antilles, pour cultiver la canne à sucre à la place des Noirs suite à l’abolition de l’esclavage. Arrivée dans l’île de La Trinité, Gainder fonde une famille, les aïeux de Mona. La hantise du déracinement brutal a toujours obsédé cette famille qui dans les années 1970, se voit forcée de quitter La Trinidad pour le Canada. Après un siècle d’intégration difficile, elle développe, au fil des générations, des attitudes contrastées à l’égard de la terre et de leurs racines : pour le grand-père de Mona, la terre, acquise de haute lutte, est la patrie et le point d’ancrage, mais pour le père de la narratrice, la propriété rurale est un obstacle à la modernité. Du point de vue des petits-enfants, elle représente un refuge, le berceau des origines. Cependant, lorsque survient la maladie qui ronge Kello, le sida, les choses vont se précipiter révélant des sentiments jusqu’alors enfouis. De son lit d’hôpital, il mandate Mona pour qu’elle rachète pour lui la terre où ils sont nés. Celle-ci accepte malgré le sentiment ambigu qu’elle éprouve. Cette terre qui l’a vue grandir fait partie des liens de possession dont elle voulait se libérer et dont, adolescente, elle a souffert avec tout le cortège et le poids des traditions pesant sur les femmes indiennes. Ce récit intense, limpide puise son énergie dans une poésie spontanée qui emporte. Plusieurs voix se répondent, se croisent, se font écho comme pour sauvegarder la mémoire précieuse d’un monde perdu, dont on a à la fois le douloureux souvenir et la sensation nostalgique inavouée d’un Eden. Mona retrouve alors, dans ces moments difficiles, tous les membres de sa famille, retraçant ainsi des destins divers sur l’île magique de La Trinité. À fleur de peau comme au fond des cœurs, cette histoire jamais racontée prend ici sa dimension épique. Elle est la chanson de geste de ces populations indiennes des Indes qui, arrachées à leur pays, rechercheront toute leur vie un refuge, une patrie, comme une quête impossible.

Le Pont suspendu est le premier roman de Ramabai Espinet. Née à Trinidad-et-Tobago, l’auteur partage sa vie entre le Canada, Trininad et l’Inde. Le théâtre, la poésie, les livres pour enfants demeurent ses principales activités.

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- LINDA HOGAN. LE SANG NOIR DE LA TERRE. Mean Spirit. Editions du Rocher. Collection "Terres étrangères". 2003. 401 pages. 24x15. Broché. Traduit par Danièle Laruelle. 21 Euros.

Oklahoma, Territoire indien, années 1920. Le pétrole découvert sur des terres appartenant aux Osages fait la fortune des propriétaires indiens. Tous les moyens sont bons aux notables blancs pour les déposséder et, autour de la famille des Graycloud, morts et emprisonnements suspects se multiplient. Abusivement privés de leur revenus puis de leurs terres par les moyens de l'expropriation arbitraire qui rappellent d'autres temps, les Indiens se voient réduits à la misère. Red Hawk, un agent sioux du FBI est chargé de l'enquête tardive sur les meurtres d'Osages ; il prendra fait et cause pour ces "autres indiens" et suivra les Graycloud dans leur exil, renonçant à un idéal illusoire de coopération avec les Blancs.
Fondé sur des faits avérés, le roman de Linda Hogan, grand auteur chickasaw, expose le conflit de deux mondes qui ne peuvent se comprendre. Derrière les images de paysages dévastés, de bidonvilles et d'exode collectif, derrière cette société indienne qui se désagrège sous la pression de l'argent, c'est toute l'histoire des peuples indigènes d'Amérique qui transparaît et, au-delà, celle d'un drame planétaire qui se perpétue. Servie par une écriture transparente, cette oeuvre poignante, de portée universelle, et traversée d'humour se contente de suggérer. La puissance évocatrice de la narration réside au-delà du texte, dans le non-dit. C'est dans le silence discret que s'inscrit l'émotion, que se tisse l'atmosphère oppressante du roman à travers lequel se meut un univers spirituel indien très présents.

Indienne chickasaw, Linda Hogan, poète, romancière, essayiste, a reçu un American Book Award Winner de la fondation Before Colombus. Titulaire de nombreuses distinctions littéraires, finaliste pour cet ouvrage du Pulitzer, elle est professeur à l'Université du Colorado et travaille en tant que bénévole à la préservation de la faune sauvage.

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- LINDA HOGAN. POWER. Power. 288 pages. 22x14. Editions du Rocher. Collection "Terres étrangères". 2006. 288 pages. 22x14. Broché. Traduit par Danièle Laruelle.  Publié avec le concours du Centre National du Livre. 22 Euros.

Floride, près des marais. époque contemporaine. La narratrice et héroïne, Omishto – Celle-qui-regarde - jeune indienne taiga de 16 ans, vit entre sa mère taiga occidentalisée, un beau-père qui la maltraite, et Ama, sa tante d'élection. Ama vit seule, à la manière indienne, mais en marge des communautés, blanche comme indienne. Un jour, l'animal sacré qu'est le Grand Chat – panthère, jaguar, ocelot ou cougar – et un terrible ouragan vont bouleverser la vie de Omistho et des siens. L'ouragan va déraciner un arbre millénaire, défigurer le pays comme l'on fait déjà les Blancs : l'ouragan dont la description est ici proprement étourdissante à tel point que la couverture du livre américain le symbolise – révèle, ou rappelle, le mythe de Création des Taïgas, et le Pouvoir du Vent ; un mythe réactualisé grâce un tour de force romanesque. Après l'ouragan la jeune fille part avec Ama et voit sa tante tuer une panthère. Elle sait que c'est un crime, car l'espèce est menacée et sa chasse interdite. Ama est arrêtée et Omishto montrée du doigt par la communauté blanche. Suivent deux procès, celui de la loi américaine qui acquitte Ama et le jugement des Anciens qui la condamne au bannissement. Elle disparaît. Omishto s'installe chez elle, elle rêve et réfléchit tandis que tous viennent à sa porte lui demander des comptes, lui demander le récit, sur la fin de l'animal sacré. Le roman imprègne, envoûte le lecteur. Avec Omishto, on vit le déchirement, le non sens, l'ambivalence et l'exil du coeur, pour, peu à peu, pénétrer le mythe jusqu'à appréhender une forme de pensée autre celle des anciens taigas, gardiens de la tradition. L'oeuvre place les Indiens, et ce qu'ils représentent, au rang des espèces menacées face à une forme de destruction bien plus dangereuse qu'un cyclone. L'ouvrage montre combien le langage – oral comme écrit - peut être dangereux, puissant, bien plus que le Pouvoir de l'Ouragan.

Née en 1947, Linda Hogan est Chickasaw, nation indienne qui fait partie des Cinq Tribus Civilisées de l'Est des états-Unis. Romancière, essayiste et poète, elle a reçu l'American Book Arward et enseigne à l'université du Colorado. Son oeuvre s'inscrit dans le patrimoine de la littérature indienne contemporaine aux côtés des plus grands comme de N. Scott Momaday et Louise Erdrich. La présente collection a publié son roman « Le Sang noir de la terre », finaliste du Médicis étranger 2003 et son essai, dans la collection ''Nuage rouge'' : ''Femme-qui-Veille-sur-le-Monde''.

Linda Hogan, considérée comme une des grandes voix féminines indiennes, comme Leslie Silko et Louise Erdrich, a connu un bon succès de presse et de librairie avec Le Sang noir de la terre.

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 - LEANNE HOWE. EQUINOXES ROUGES. Shell Shaker. Editions du Rocher. Collection "Terres étrangères". 2004. 311 pages. 24x15. Broché. Traduit par Danièlle Laruelle. 20,90 Euros.
Le meurtre en 1738 du chef Choctaw Red Shoes, et celui en 1991 du responsable politique de la tribu, Redford McAlester, donne à cette auteur Choctaw une subtile occasion de réactualisation des traditions tribales. Des esprits remontant aux mythes de la Création, rejouent les mêmes combats pour les même valeurs à travers des acteurs humains ensevelis dans le grand cycle de l'Histoire. Au XVIIIè siècle, Shakbatina, danseuse Secoue-Coque-d'Ecailles aux carapaces de tortue, héritière de la tradition des Pacificatrices, donne sa vie pour sauver celle d'Anoleta sa fille et épouse de Red Shoes. Des générations plus tard, son esprit revient hanter les femmes choctaws de la famille des Billy, ses descendantes du XXème siècle : Auda Billy est accusé du meurtre de McAlester qu'on retrouve mort dans une compromettante situation ; McAlester était en prise avec les mafias tournant autour du casino de la réserve comme Red Shoes le fut avec les factions choctaws alliées aux ennemis chickasaws. Susan Billy la mère d'Auda se sacrifie à son tour pour sa fille ; elles deviennent alors les avatars de Shakbatina et de Anoleta comme McAlester est celui de Red Shoes. Interviennent également les soeurs d'Auda comme Adair et Tema qui avec leurs vieilles tantes, anciennes gloires d'Hollywood reviennent à la réserve, au foyer attirées par de mystérieuses intuitions. En contrepoint, on voit défiler de curieux personnages comme Femme-Porc-Epic, une vieille femme-médecine qui répond au sobriquet de Sarah Bernhardt, ou encore cet agent de l'IRA appelé James Joyce en lien avec les organisations terroristes et les mafias du casino. Surréalisme et réalisme social, visions chamaniques et quotidien terre à terre, histoire et mythe se mêlent ici de façon éméchée, luxuriante, empruntant à des constructions qui peuvent évoquer Sepulveda ou Garcia Marquez. Cette fresque littéraire - au thème indien transcendé par la portée universelle du livre - nous propose une fantastique immersion dans l'Amérique indienne semi-rurale d'aujourd'hui. Elle touche à la tragédie shakespearienne revue à la lumière des traditions choctaws.

LeAnne Howe, Indienne choctaw, est l'auteur d'articles, d'essais, de scénarios pour le théâtre et la télévision. Enseignante, elle donne ici son premier roman qui a été distingué en 2002 par l'American Book Award Winner.

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Manohar MALGONKAR. LA FUREUR DU GANGE. A Bend in the Ganges. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2004. 390 pages. 24x15. Note de l’auteur. Glossaire. Broché. Traduit de l’anglais (Inde) par Patrice Ghirardi. 21,90 Euros.

Ce roman se situe durant la période charnière à cheval sur la Seconde Guerre mondiale. L’action commence une vingtaine d’année avant le début des hostilités et s’achève dans le bain de sang qui accompagna la partition du sous-continent indien, en 1947.
« Quand la liberté fut accordée à l’Inde, elle s’accompagna d’un désastre humanitaire d’une rare amplitude, même en temps de guerre : douze millions de personnes se retrouvèrent privées de foyer, trois cent mille furent massacrés, plus de cent mille femmes furent enlevées, violées, mutilées. Comment la violence tapie à l’intérieur d’hommes et de femmes ordinaires a fait surface à l’instant même de la victoire est le thème de ce roman. »
« Guiann, le non-violent, commet un meurtre. Débidayal, le terroriste enflammé, est pris en flagrant délit alors qu’il tente d’incendier un avion de guerre britannique. L’un et l’autre sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité dans le bagne des îles Andaman. Leur lutte pour survivre dans la fourmilière du pénitencier les range dans deux camps opposés : pro-britannique et anti-britannique. Les Japonais s’emparent des Andaman, libérant les convicts. Guiann aussi bien que Débi parviendront à regagner l’Inde : le premier prend place dans le dernier navire en partance des Andaman et le second est infiltré en Inde par les services secrets japonais pour y fonder un nouveau mouvement terroriste. Après les épreuves de leur expérience de prisonniers, chacun d’eux tente de se racheter, mais le simple repentir ne suffit pas. La violence qui s’empare de l’Inde à l’occasion de la Partition les engloutit de nouveau. » (M. M.)

Né en 1913, à Jagalbet (un village niché dans la jungle du « Belgum Range » qui surplombe le territoire de Goa), dans le sud-ouest de l’Inde, où se déroule son enfance, Manohar Malgonkar, après l’obtention d’une maîtrise d’anglais et de sanskrit de l’université de Bombay, exerce la profession de guide de chasse au gros gibier. Il l’abandonne assez vite pour devenir au contraire un ardent partisan de la protection de la nature encore vierge et de la faune sauvage. Éclate la Seconde Guerre mondiale. Malgonkar s’engage dans les troupes indo-britanniques. Il combat les Japonais en Birmanie, fait partie des services de contre-espionnage, puis de l’état-major. En 1947, à New Delhi, capitale de l’Inde, peu avant l’assassinat de Gandhi, il commande les opérations de protection militaires des populations musulmanes menacées de représailles par les sikhs et les hindous. En 1952, il quitte l’armée avec le grade de colonel. Après quelques essais de carrière dans divers domaines, il revient à Jagalbet, s’installe dans une propriété de famille en pleine jungle, et commence à écrire. Le succès couronne immédiatement ses premiers récits et romans, publiés à Londres et aux États-Unis. La critique le salue comme l’un des meilleurs romanciers indiens de langue anglaise.

Manoha Malgonkar a publié une quinzaine de romans, huit récits historiques et une pièce de théâtre. Ses œuvres majeures sont : A Bend in the Ganges, The Devil’s Wind, Princes, The Sea Hawk, Distant Drums, Combat of Shadows, The Men Who Killed Gandhi, Bandicoot Run, Spy in Amber. Ont été publiés en français : Les hommes qui tuèrent Gandhi (éditions du Cerf), La Fin des princes et Combat contre des ombres (Presses de la Cité).

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Manohar MALGONKAR. LE VENT DU DIABLE. Histoire du prince Nana Sahib. The Devil’s Wind : Nana Saheb’s Story. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2006. 336 pages. 24x15. Broché. Traduit de l’anglais (Inde) par Patrice Ghirardi. 21,90 Euros.

Le 10 mai 1857, à Meerut, dans l’Inde du Nord, les « cipayes », ou soldats indiens servant dans l’armée de la Compagnie anglaise des Indes orientales, se mutinent contre leur commandement britannique. Suivant leur exemple, d’autres régiments se soulèvent. La révolte se répand, embrasant la partie centrale et orientale du nord de l’Inde, gagnant des villes importantes comme Delhi, Lucknow et Kanpur. Spoliés de leur héritage, chassés de leurs fiefs ancestraux par les Britanniques, un certain nombre de princes indiens se joignent à la rébellion. Parmi ceux-ci, Nana Sahib, fils adoptif du dernier des peshwa, les anciens souverains de la Confédération marathe. Avec son amie d’enfance, Mani, devenue la reine de Jhansi, et son maître d’armes, Tantya Topi, il prend la tête de la révolte. Homme pondéré, diplomate et humain, le prince Nana Sahib pense pouvoir empêcher un bain de sang. Mais c’est sans compter la répression féroce des Britanniques, les divisions entre hindous et musulmans dans son propre camp, la marche de l’Histoire, enfin, qui va faire de lui le « Diable » honni par la Couronne. En exil, Nana Sahib composera ses mémoires. C’est du moins ce qu’a imaginé Manohar Malgonkar pour écrire ce récit fictif à la première personne, riche, foisonnant et émouvant, qui se veut un témoignage fidèle de la première révolte indienne contre l’occupation britannique.

Né en 1913 sur la côte ouest de l’Inde, Manohar Malgonkar combat durant la Seconde Guerre mondiale dans les troupes alliées comme officier d’infanterie puis à l’état-major. Il se consacre après-guerre à l’écriture. Auteur d’une quinzaine de romans, publiés à partir des années 1950 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il est l’un des grands écrivains indiens de langue anglaise. Les éditions du Rocher ont déjà publié dans la même collection La fureur du Gange (2004).

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Manohar MALGONKAR. LA FIN DES PRINCES. The Princes. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2007. 392 pages. 24x15. Broché. Avertissement. Prologue. Épilogue. Glossaire. Traduit de l’anglais (Inde) par F. de Bardy. Patrice Ghirardi. 21 Euros.

La scène de ce roman exceptionnel est le petit état de Begwad, une des nombreuses principautés qui composaient naguère le vase empire des Indes. L’époque est celle qui se siue juste après la dernière guerre, en ce moment crucial où le pouvoir des Maharajahs fabuleusement riches et despotes s’effritait et se laissait écraser pour être finalement englouti dans l’Inde moderne. Abhay, héritier du trône de Begwad, raconte sa vie. A mesure qu’il grandit, il résiste à l’emprise de la société féodale qui est la sienne, et à l’autorité absolue de son père qui se défie des Britanniques mais qui les respecte et qui lutte farouchement contre la moindre tendance révolutionnaire dans le peuple qu’il gouverne. Nombreux sont les fils de cette riche tapisserie tissée par l’auteur pour servir de fond au récit du jeune prince aux prises avec les bouleversements de son temps. Et cette trame brillante renforce encore les figures fascinantes et authentiques qui se meuvent au cours du combat que livre un ordre ancien avant de succomber devant la marche inéluctable du progrès.

Né en 1913 sur la côte ouest de l’Inde, Manohar Malgonkar combat durant la Seconde Guerre mondiale dans les troupes alliées comme officier d’infanterie puis à l’état-major. Il se consacre après-guerre à l’écriture. Auteur d’une quinzaine de romans, publiés à partir des années 1950 en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il est l’un des grands écrivains indiens de langue anglaise.

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Donna MEEHAN. MON ENFANCE VOLÉE. Ma vie d’aborigène. It is not Secret : The Story of a Stolen Child. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2004. 284 pages. 24x15. Broché. Traduit de l’anglais (Australie) par Danièle Laruelle. 21 Euros.

À l'âge de cinq ans, après une première enfance heureuse, en liberté au sein du groupe familial élargi dans une petite communauté aborigène d’Australie orientale, Donna, ses frères, et les autres enfants sont enlevés à leur famille et conduits en train aux quatre coins du pays pour être placés séparément dans des familles d'accueil blanches sur une initiative des services sociaux. Le choc est brutal pour la fillette, soudain en contact avec un monde inconnu, incompréhensible pour elle. Ses nouveaux parents sont bons, généreux et aimant. Mais entre ces deux adultes, elle souffre de solitude. L'école est synonyme de racisme et, là encore, elle souffre d'être différente, rejetée par les élèves comme par les enseignants qui répètent à l'envie qu'il n'y a rien de bon à attendre des "Nègres". La fillette se forge alors d'elle-même une image négative. La famille d'accueil est croyante, pratiquante, et la petite Donna trouve son réconfort au sein de l'église. Là, elle est acceptée par tous. Les cantiques l'émeuvent ; ils lui rappellent les veillées et les chants auprès du feu parmi les siens, dans la tribu. C'est la religion, une foi naïve et vraie qui, avec l'amour de sa famille adoptive et de son mari, l'aidera à surmonter son désespoir d'enfant abandonnée, ses accès de dépressions dus à son identité trop floue, à son dégoût d'elle-même et de ses racines que la société ambiante vomit. C'est encore par le travail de bénévolat pour l'église qu'elle aidera ses semblables, aborigènes en perdition, qu’elle pourra se mettra en quête de sa vraie famille, reprendra des études et se reconstruira en acceptant ses origines pour se mettre au service des Aborigènes et de leur cause. L'ouvrage se termine par une étrange apothéose. La mort du mari atteint d'un cancer. L'amour, la foi, le dévouement et la générosité transforment cette mort en un moment de beauté mystique poignante. En dépit des drames humains, tant sur le plan personnel, à savoir l’auteur, que sur le plan collectif, la tragédie des Aborigènes d’Australie, ce document autobiographique, qu’on lit comme un récit haletant, révèle une voix d'une grande fraîcheur dont l'authenticité, la finesse, la franchise retiennent l'attention dès les premières pages. La vie y est décrite dans son quotidien avec beaucoup de justesse. On y croise des personnes ordinaires pour leur découvrir une dimension hors du commun. C'est le regard de la narratrice qui s'attache à ce qui l'a sauvée du suicide, à la grandeur qui réside chez des êtres modestes qui ne sont pas des héros. Malgré la pauvreté évidente, il n'y a là ni apitoiement, ni misérabilisme. Pas de déchéance, au contraire, une énergie vitale indéfectible qui pousse à aller vers le mieux, le meilleur. Pas de rancœur non plus malgré la souffrance. C'est un témoignage émouvant dans sa générosité même, une tranche de vie livrée telle que vécue par un être que l'on pourrait dire touché par la grâce.

Avec ce premier livre, Donna Meehan, aborigène de l’est australien, livre son témoignage d’enfant enlevée à sa tribu. Elle a écrit cet ouvrage inspirée par sa cause et par une vitale nécessité. Donna Meehan vit entre Sydney, Newcastle et Coonamble. Elle partage son temps entre l’écriture, sa famille et son dévouement pour la cause aborigène, « ces Indiens d’Australie… ».

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Raumoa ORMSBY. LES RÊVES PERDUS NE MARCHENT JAMAIS. Dreams lost, never walked. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2007. 295 pages. 22x14. Broché. Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande-Maori) par Anne-Sophie Greloud. 20 Euros.

Aujourd’hui, en Nouvelle-Zélande, pays maori. Poi est un jeune Maori de 17 ans, élevé par ses grands-parents maternels, Pop et Nanny Mei, près d’un marae, lieu sacré de réunion pour les Maoris. Il ne connaît pas son père et sa mère l’a abandonné à sa naissance. Le jeune homme évolue dans le Paa, univers grégaire, chaleureux mais violent, entouré de ses oncles et cousins. Il aimerait connaître des détails sur l’identité de son père mais personne ne daigne assouvir sa curiosité ; pas même Pop, dont qui il est pourtant très proche. Tout en prenant conscience de l’importance de cultiver son identité tribale traditionnelle, Poi, depuis l’enfance, rêve d’entrer dans l’armée. Il est convaincu qu’il a la vocation, que les Maoris font de bons soldats et que l’armée lui permettra d’échapper à sa communauté qu’il aime profondément mais qui est sous tension, sous l’influence de pulsions destructrices. Ses membres sont déchirés par des querelles liées au chômage, au manque de repères et de valeurs. Comme beaucoup d’Indiens d’Amérique dans leurs réserves, auxquels Ormsby à un moment donné fait allusion, les Maoris, déracinés sur leur propre terre boivent, violent, sont exclus d’un monde qui prétend les accueillir et parfois, comme ils le peuvent, misérablement, arnaquent le système. Après le refus de l’armée d’engager Poi pour des problèmes d’audition, le jeune homme ne se laisse pas abattre et entreprend de travailler dans l’humanitaire et le social au sein de la communauté dans le but implicite aussi de restaurer les identités maoris. Cependant, le jour ou il doit s’occuper d’une affaire de viol sur ses voisines Brenda et Hera, par un de ses cousins secondé par des brutes épaisses, Poi apprend qu’il est lui-même le fruit d’un viol jugé des années plus tôt dans le marae de façon extrêmement barbare. Un évènement insupportable pour sa mère qui, selon l’aveu de Pop, traumatisée se donna la mort. Poi devient alors le lien entre la raison et les passions sans freins. Il saura désormais faire la part des choses et bien analyser la notion de respect d’une tradition et certaines croyances erronées qui les maintenaient dans un monde de clichés et d’irresponsabilité.

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Kim SCOTT. LE VRAI PAYS. True Country. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2006. 297 pages. 24x15. Broché. Note de l’auteur. Broché. Traduit de l’anglais (Australie) par Thierry Chevrier avec la collaboration de Marie Derrien. 20,50 Euros.

Notre tâche à tous est de restaurer un lien authentique avec nos sociétés pré-coloniales, et avec nos ancêtres aborigènes. Sans ce lien, sans cette immersion dans notre héritage, il ne nous resterait que le langage de la politique ; nous ne pourrions plus que réagir à la colonisation, engager des actions polémiques ou d’opposition pure, et ne nous concevoir que comme de simples victimes, ou au mieux, comme des résistants ratés. Extrait de la postface de l’auteur.

Nous sommes à l’école de la communauté aborigène de karmana, dans le bush de l’ouest australien. Une équipe d’enseignants blancs y éduque ou « rééduque » les jeunes aborigènes dont ils ignorent bien souvent les véritable origines et disparités. Ces Longues chaussettes blanches montantes, ainsi que les désignent indigènes, se demandent comment s’y prendre pour bonifier, fertiliser et civiliser un peu ces gentils sauvages. L’un d’eux, Billy, possède un éclairage particulier. Kim Scott, qui a un temps enseigné dans le bush, s’est visiblement campé dans ce personnage. Le livre est conté à deux voix. Tantôt le narrateur, Billy, décrit en détails les avatars quotidiens de cette école, où deux mondes fort décalés se confrontent, se cherchent et tentent de se comprendre, tantôt une voix profonde, imagée et onirique, celle du peuple aborigène, capte le fil du récit, peignant les événements suivant sa logique propre, aux codes et aux savoirs ancestraux. Terrible témoignage sur le choc et l’incommunicabilité des cultures, ce roman s’inscrit à la pointe d’une volonté, actuellement émergeante, de reconnaissance et de décryptage ethnologique. À l’éclairage subtil de son humour contristé, teinté d’une poésie aux accents corrosifs, l’auteur nous entraîne au cœur du Vrai pays des Aborigènes, un pays d’où l’on ne sort pas sans risques, et dont on ne rentre pas indemne.

Kim Scott est né en 1957 à Perth (Australie). Il est d’origine britannique et aborigène. Il vit à Coobellup, dans la banlieue sud de Perth, avec sa femme et ses deux enfants. Le Vrai pays est son premier roman.

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S.P. SOMTOW. L’ANNÉE DU CAMÉLÉON. Jasmine Nights. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2005. 406 pages. 22x14. Broché. Traduit par Anne-Sophie Greloud. 20,90 Euros.

Bangkok, 1963. Dans le milieu assez chic de la bourgeoise thaïlandaise, le jeune Justin, douze ans, surnommé par les siens « Petite Grenouille », est élevé par ses trois tantes célibataires Nit-nit, Noi-noi et Ning-nong, qu’il appelle « Les Trois Parques ». Son existence, apparemment sans problème majeur, se déroule sur le domaine familial protégé du monde extérieur. Doté d’une imagination fertile, pour ne pas dire débordante, Justin construit cependant son propre univers et ne vit qu’à travers lui. Il en résulte une mosaïque où se déploient de manière fantasque ses multiples curiosités et désirs. Un savant mélange d’érotisme et de goguenardise à de subtiles réflexions sur des sujets graves de l’existence charpentent et façonnent ce puzzle littéraire qui sort de l’ordinaire. Dès le début du livre, lors d’une réception à la maison, Justin, sous la table autour de laquelle sont réunies les convives, est le témoin de choses qu’il ne peut encore comprendre et dans le même temps de la perte, de manière grotesque, de son compagnon, un caméléon. Si le deuil de l’animal n’engendre pas apparemment de drame, les répercussions de sa disparition n’en sont pas moins tragiques et auront de l’importance sur les plans psychologique et moral. Justin commence à appréhender sérieusement le monde à la fois sur le mode majeur de la joie de vivre et sur le mode mineur d’inquiétudes intuitives enfouies. L’auteur, habilement nous emmène à la croisée des cultures qui réunit le monde séculaire, mystérieux et mythologique de l’Extrême-Orient – il saura, à l’occasion d’une scène mêlant humour et drame, nous amener subtilement aux portes entrouvertes du chamanisme thaïlandais – au monde anglo-saxon. Alors que l’adolescent refuse de parler sa propre langue la maisonnée raisonne des musiques anglo-américaines du moment et les harmonies des Four Seasons, de Chubby Checker et de Del Shannon lui deviennent familières. Plus tout à fait enfant, mais pas encore adulte, Justin est en quête de son identité. C’est son arrière-grand-mère, avec qui il entretient un lien particulier, qui le guidera. Elle est aux portes de la mort, lui aux portes de la vie. L’adolescent se cherche et nous livre son regard sur le monde des adultes, la sexualité, la vie, la mort. S’il sait être intrépide comme par exemple sortir en cachette d’une salle de cinéma en plein milieu du film pour aller espionner du haut d’un arbre une de ses tantes avec son amant, Justin peut aussi être pensif et réservé quand il s’agit de trouver des réponses à des banalités où à des choses relevant d’importance primordiale. Sa quête l’entraînera bien au-delà des murs du domaine, vers un voyage intérieur qui traverse les siècles et les pays. Ce roman initiatique dépeint la société aristocratique thaïe des années 60. Il aborde les questions philosophiques universelles, mais également des thèmes de société propres à cette période ainsi de l’évocation du racisme aux États-Unis, la mort de J. F. Kennedy, les criantes disparités sociales d’un monde en sursis. Petite Grenouille y est le porte-voix narratif d’un des plus brillants écrivains de notre époque.

S.P. Somtow est né à Bangkok en 1952. D’une famille de diplomates, il fera des études en Europe. Dans les années 70, il entame une carrière de compositeur avant-gardiste, de chef d’orchestre et devient un musicien célèbre. Il se tourne vers l’écriture au début des années 80. A son actif de nombreux romans de science-fiction et plusieurs prix ; une vingtaine de ses ouvrages ont été traduit en français. L’Année du caméléon, roman semi-autobiographique diffère radicalement de ses œuvres précédentes.

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Ahmet ÜMIT. LE PANTIN. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2008. 477 pages. 24x15. Broché. Traduit du turc par Noémi Cingoz. 23 Euros.

Adnan Sözmen, narrateur et personnage principal de ce roman, est un journaliste qui a eu ses heures de gloire. Du matin où il ne peut plus entrer dans le grand immeuble de son journal, où les gens, de l’hôtesse d’accueil au sommet de la hiérarchie, qu’il côtoie quotidiennement ne lui parlent plus, se détournent de lui, sa vie bascule. À présent, il se trouve près de toucher le fond que ce soit dans sa vie sociale, professionnelle ou affective, l’alcool et ses illusions aidant. Le jour où il se fait licencier, il rencontre « par hasard » Dogan, son beau-frère - le fils de la seconde épouse de son père - qu’il a perdu de vue depuis longtemps mais avec lequel il a partagé son enfance et dont il a gardé de mauvais souvenirs en raison, entre autres, de leurs grandes divergences politiques. Dogan, craignant pour sa vie, demande à Adnan de lui accorder son aide. Celui-ci, presque malgré lui, par instinct journalistique et par curiosité, va finir par s’impliquer dans cette affaire complexe qui va le mettre en butte à ce qu’on appelle en Turquie le Derin Devlet  c’est à dire l’État Profond ou l'État dans l'État constitué de hauts fonctionnaires, de membre des forces de sécurité et de militaires qui agissent en dehors du gouvernement et qui sont considérés comme protecteurs des intérêts nationaux même s’ils utilisent des moyens illégaux. Adnan va donc avoir affaire avec des bandes organisées, constituées entre autres d’ex-militants d’extrême-droite impliquées à la fois dans la lutte contre l’ASALA (mouvement arménien) ou contre la guérilla kurde et dans le trafic de drogue et les affaires mafieuses. Ce roman fait directement référence à l’accident de Susurluk qui eut lieu en 1996 et qui fit scandale suite à la découverte de la présence dans la Mercedes accidentée d’un haut responsable de la police qui commandait des unités antiguérilla, d’un homme en fuite recherché pour trafic de drogue et meurtre et d’un chef de guerre kurde, dont la milice était financée par le gouvernement turc pour lutter contre la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Au-delà de l’intrigue fort bien menée et qui maintient le suspense jusqu’à la fin, l’auteur-narrateur laisse une large place à la description de la personnalité du journaliste tout en l’installant dans les tons sombres de son environnement urbain, familial et social. Ahmet Ümit crée une sorte d’histoire dans l’histoire. Par flash back, il évoque l’enfance et l’adolescence d’Adnan Sözmen en s’attardant notamment sur ses relations avec son père et son beau-frère et il nous entraîne dans les méandres de l’esprit de son héros embué par l’alcool et taraudé par la névrose. Ce roman, véritable tableau vivant de la Turquie urbaine d’aujourd’hui, met en scène cette dernière avec tous ses travers, ses contradictions notamment dans sa façon de vouloir absolument « singer » l’Occident américain ; une fable moderne et juste, un geste romanesque profondément ancré dans la réalité. Une intrigue bien menée, une étude psychologique détaillée, un regard pointu sur la Turquie actuelle, trois raisons de découvrir cette littérature.

Ahmeth Ümit est né en 1960 à Gaziantep. En 1983 il obtient son diplôme d’études supérieures en Administration Publique à l’université Marmara d’Istanbul.. En 1985 et 1986 il poursuit des études à l’Académie des Sciences Sociales de Moscou. Ses premiers écrits sont publiés en 1989 ; une vingtaine d’autres, chroniques, romans, essais, articles, scénarii TV suivront dont le présent ouvrage (« Kukla ») « Le Pantin. »

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Luis Alberto URREA. LA FILLE DU COLIBRI. The Hummingbird’s Daughter. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2008. 477 pages. 24x15. Broché. Traduit de l’anglais ((États-Unis) par Élodie Duparay. 23 Euros.

Avec la petite Teresita qui naît en 1873 dans l’État du Sinaloa au nord du Mexique, Alberto Urrea nous transporte dans un univers encore entre deux mondes. La mère, de Teresita est une Indienne illettrée qui dès l’âge de 14 ans aura un enfant du riche propriétaire terrien Don Tomás Urrea. Cependant, très tôt, Teresita se distingue par ses dons qui attirent l’attention de Huila, la femme-médecine du ranch de son père. Consciente de la fabuleuse destinée de l’enfant, cette dernière en fait son apprentie et lui enseigne les secrets des herbes qui soignent et des prières qui influent sur la destinée du monde. Bientôt, Teresita devient une adolescente que son père, chassé du Sinaloa par le gouvernement, finit par accueillir dans sa maison, près de la frontière de l’Arizona. La jeune fille reçoit alors une éducation digne de la fille d’un grand ranchero. Elle apprend à lire et à écrire, la musique et l’équitation. En 1889, lorsque le Mexique s’enfonce une nouvelle fois dans la guerre civile Teresita, l’« enfant choisie », a 16 ans. Violée et laissée pour morte, elle tombe en catalepsie, un profond sommeil dans lequel elle rêve de sa propre mort et où Dieu lui apparaît et lui ordonne de vivre. À son réveil, allongée dans son cercueil, elle décide de consacrer sa vie aux autres. La nouvelle de cette résurrection se répand comme une traînée de poudre et, bientôt, des centaines de pèlerins vont se rendre auprès de cette miraculée, rapidement surnommée la Sainte de Cabora. La jeune fille animée d’une foi simple mais intense révèle d’étonnants pouvoirs de guérison et ses mains sont capables de soulager les douleurs et les peines. La « sainte thaumaturge » devient alors pour les paysans et les Indiens révoltés l’emblème de leur combat et c’est au cri de « Viva la Santa de Cabora ! » qu’ils se soulèvent. L’histoire de Teresita est non seulement celle du Mexique de la fin du XIXè siècle mais aussi le symbole des contradictions, des paradoxes et des déchirures de ce pays jeune, en quête d’identité, partagé entre la culture indienne héritée du passé et la culture occidentale, legs omniprésent de la période coloniale. Ce récit brillant nous révèle un Mexique à la fois mystérieux, intriguant et qui n’a rien oublié de son passé. Il envoûte par sa beauté, ses saveurs ; et son histoire, forgée par les différentes populations qui le composent, nous est restituée avec un réalisme attachant.

Luis Alberto Urrea est l’auteur de nombreux livres, romans comme documents qui souvent évoquent l’immigration clandestine mexicaine. Il vit entre la Californie et le Mexique.

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Tahsin YÜCEL. VATANDAS. Vatandas. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2004. 186 pages. 22x14. Broché. Traduit du turc par Noémi Cingoz. 19,90 Euros.

Un petit employé de bureau, Saban Bas, mal dans sa peau, effacé, longe les murs et se méfie de tout le monde : des fois qu’il ait à faire à un flic. Une paranoïa relationnelle confine ici au chef-d’œuvre narratif. Cependant en lui, un autre personnage est aux aguets et résiste à cet écrasement : le héros caché de Saban Bas devient alors Volkan Tas, un être sûr de lui, beau et fort. Saban Bas, envahi par des sentiments de honte, notamment lorsqu’il trompe sa fiancée avec sa vieille logeuse qui sent l’oignon, ne trouve qu’un seul refuge, les lieux d’aisance publics. Dès lors, une schizophrénie littéraire s’installe et débouche sur la réconciliation identitaire des deux personnages. L’écriture commence par des balbutiements pour devenir ensuite un moyen d’expression où se révèle le mépris du narrateur à l’endroit des écrivains et des politiciens de son pays, pour finalement se transformer en un véritable art. A travers une métaphore de la condition littéraire contemporaine, le roman symbolise une déchéance, un rejet de la littérature dont le narrateur est l’acteur emblématique. Le ton du livre, à la fois sentencieux et familier, sérieux et comique, renforce l'intensité de la dualité qui habite le personnage. Les enchaînements se font par associations d'idées, de façon très naturelle, si bien qu'on ne perd jamais le fil, tout en étant « baladé » d'un sujet à l'autre. Ce texte court, concentré, pratique une économie de la phrase la rendant d’autant plus explosive. Dialogue sous forme de monologue, l’œuvre mélange le présent et les souvenirs d’enfance, des anecdotes et des observations sur la littérature qu’accompagne un œil goguenard lorsqu’il épie avec et acuité les travers de l’espèce humaine.

Tahsin Yücel, né en 1934 en Turquie, a enseigné le français pendant 38 ans à l’Université d’Istanbul. Il est dans son pays le traducteur de Balzac, Flaubert, Proust, Gide, Camus, Malraux, Queneau, Barthes et bien d’autres. Tashin Yücel est l’auteur de plusieurs romans qui en ont fait un des plus grands écrivains turcs contemporains. Quelques-unes de ses nouvelles ont été traduites dans la Nouvelle Revue Française. Patriarche des écrivains turcs contemporains, il a été distingué en 2004 Docteur Honoris au Collège de France.

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Tahsin YÜCEL. LES CINQ DERNIERS JOURS DU PROPHÈTE. Éditions du Rocher. Collection « Terres étrangères ». 2006. 313 pages. 24x15. Broché. Traduit du turc par Noémi Cingoz. 21,90 Euros

Ce roman évoque le récit surprenant de la dégradation psychique d’un être, Rahmi Sönmez, poète révolutionnaire, surnommé « Le prophète ». À travers ce personnage à la fois lucide et perdu, drôle et déroutant, Tahsin Yücel nous donne un kaléïdoscope de la Turquie urbaine de la seconde moitié du XXe siècle. Nous accompagnons alors le-dit prophète dans son parcours où, dans un état de semi conscience, voire de schizophrénie, il est persuadé que ses rêves se réalisent alors qu’ils sont en train de s’effondrer. C’est le récit d’une douce folie qu’alimente une quête sociale, identitaire et aussi littéraire, celle qui, pour le narrateur, cimente le tout. Le livre s’ouvre sur la présentation des deux amis inséparables que sont Rahmi Sönmez et Fehmi Gülmez. Leur cheminement individuel nous mène de façon inexorable aux cinq derniers jours d’errance qui incarnent et ponctuent la vie de Rahmi Sönmez au cours de laquelle il aura passé son temps, lui, le poète révolutionnaire - certainement plus poète que révolutionnaire - à vouloir être emprisonné, ce fait étant à ses yeux la seule preuve tangible de la réalité de son identité politique. Cette œuvre littéraire, très proustienne, dans la construction des phrases, a l’immense mérite de montrer une juste image de la Turquie de l’époque enfouie sous le joug étatique. La langue semble évoluer en même temps que le personnage qui passe d’un état de souffrance maximum dans la non réalisation de ses rêves à un état de paix intérieure une fois passé de l’autre côté du miroir ; un miroir souvent déformant quand les femmes désirées, les gardiens de cimetière, les geôliers, les enfants et petits-enfants « luciolisés » par la société de consommation naissante, envahissent de désespoir et de fausses illusions le cœur presque brisé du vieil homme. Ce roman a obtenu le prix Orhan Kemal en 1993.

Tahsin Yücel, auteur de plusieurs romans est né en Turquie en 1933. Éminent universitaire, professeur de sémiotique, élève de Julien A. Greimas, auteur d’une thèse très réputée sur Georges Bernanos, de travaux sur Balzac, il est en Turquie le traducteur de nombreux écrivains français dont Gustave Flaubert, Marcel Proust, André Gide, Albert Camus, Michel Tournier, Roland Barthes, André Malraux, Raymond Queneau, Pascal Quignard. Tahsin Yücel a été distingué en décembre 2005 Docteur Honoris Causa à la Sorbonne. La présente collection a édité en 2004 son roman Vatandas.

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